Le retrait comme contraception : efficace ou pas ? Ce que dit vraiment la science
Di Coline Levin
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Vous avez peut-être entendu parler du retrait par un pote, lu des messages confus sur le sujet ou reçu des infos contradictoires. La question mérite qu'on la pose clairement : le retrait est-il vraiment une méthode contraceptive fiable ? La réponse est honnête : c'est compliqué. Quand il s'agit de votre corps et de votre sexualité, il est important de mettre les points sur les i. Voyons ensemble ce que la science nous dit réellement du retrait.
Quelle est l'efficacité du retrait ?
C'est quoi exactement le retrait ?
Commençons par les basiques. Le retrait, aussi appelé coït interrompu, est une méthode contraceptive qui consiste à retirer le pénis du vagin avant l'éjaculation. L'objectif : empêcher les spermatozoïdes de rencontrer l'ovule et de provoquer une fécondation.
Ça paraît simple en théorie. En pratique, c'est une autre histoire.
Le retrait est-il considéré comme une méthode de contraception ?
Techniquement, oui. L'OMS (Organisation mondiale de la santé) reconnaît le retrait comme une méthode de contraception. Mais la reconnaissance officielle ne veut pas dire que c'est efficace. Il faut bien faire la distinction.
Selon les données officielles du tableau comparatif de la MSD, le retrait affiche une efficacité théorique de 4% de grossesses la première année en utilisation parfaite. En clair : si vous le pratiquez impeccablement, 4 femmes sur 100 se retrouveront quand même enceintes malgré ça.
Mais voilà le truc problématique : en utilisation courante (c'est-à-dire dans la vraie vie), le taux monte à 22%. Ça signifie qu'une femme sur cinq qui compte uniquement sur le retrait risque de se retrouver enceinte au cours d'une année. Pour rappel, sans aucune contraception, ce taux est de 85%. Le retrait, c'est donc mieux que rien... mais c'est loin d'être une assurance tous risques.
Pourquoi cet écart énorme entre la théorie et la pratique ? Plusieurs raisons :
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L'homme doit contrôler son éjaculation. Ce n'est pas aussi facile qu'il n'y paraît. Le stress, l'excitation intense, la fatigue, l'alcool : tout ça peut rendre le contrôle plus compliqué, voire impossible. Et quand le moment arrive, il n'y a pas toujours une clarté mentale à 100%.
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Le liquide pré-éjaculatoire (ou pré-séminal). C'est peut-être LE point qu'on omet de mentionner. Ce liquide qui s'écoule avant l'éjaculation peut contenir des spermatozoïdes. Des études montrent que c'est loin d'être marginal : entre 16% et 41% des éjaculats pré-séminaux contiennent des spermatozoïdes. Suffisant pour vous mettre enceinte ? Oui, c'est possible.
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Le timing doit être parfait. Retirer juste avant l'éjaculation, c'est une marge d'erreur très fine. Une seconde d'inattention, une microcalculation, et hop, c'est trop tard.
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La communication doit être impeccable entre les partenaires. Il faut que vous sentiez que c'est le moment, que votre partenaire le sente aussi, qu'il y ait une confiance mutuelle. Dans le feu du moment, ce n'est pas toujours évident.
Pourquoi les gens choisissent le retrait malgré son faible taux d'efficacité ?
Bonne question. Vu ces chiffres, on pourrait se demander pourquoi le retrait existe encore. Pourtant, c'est une méthode qu'on voit revenir chez les couples français, notamment dans les milieux plus précaires où l'accès aux contraceptifs peut être freiné par les coûts ou la stigmatisation.
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C'est gratuit. Pas besoin de consultation médicale, pas besoin d'ordonnance, pas de coût. Zéro. C'est une arme économique non négligeable pour les jeunes couples ou les personnes sans accès facile aux services de santé.
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C'est discret. Contrairement à la pilule (qu'il faut avaler chaque jour), au stérilet (qu'il faut faire poser par un.e professionnel.le) le retrait ne demande aucune préparation visible. On peut l'utiliser sans que personne le sache.
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Il y a un manque d'éducation. Beaucoup de gens ne connaissent tout simplement pas les alternatives. Dans les années 2000-2010, il y a eu une "crise de la pilule" en France qui a secoué la confiance. Des femmes ont arrêté la contraception hormonale sans pour autant se tourner vers d'autres méthodes fiables. Le retrait est devenu un plan B par défaut.
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Les idées reçues persistent. On entend souvent : "les autres le font, ça marche pour eux", ou "mon grand-mère n'avait que ça et elle n'a eu que deux enfants". Les expériences personnelles sont trompeuses : certaines femmes ont de la chance, d'autres non. La biologie ne vote pas à la majorité.
Efficacité du retrait comparée aux autres méthodes
Pour mettre les choses en perspective, voici comment le retrait se classe parmi les autres contraceptifs.
Les plus efficaces :
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Implant contraceptif : 99,95 % d'efficacité
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DIU hormonal : 99,8 %
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DIU au cuivre : 99,2 %
Efficacité intermédiaire :
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Pilule combinée : 92 % d'efficacité réelle
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Préservatif : 85 % d'efficacité réelle
Retrait : 78 % d'efficacité réelle
Les moins efficaces :
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Spermicides seuls : 71 %
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Abstinence périodique : jusqu'à 75 %
Vous voyez ? Le retrait n'est pas le pire, mais c'est loin d'être le meilleur.
Les vraies limites du retrait que personne ne mentionne
Aucune protection contre les infections sexuellement transmissibles
C'est peut-être le point le plus important et le moins bien expliqué. Le retrait ne vous protège ABSOLUMENT PAS contre les IST : VIH, chlamydia, gonorrhée, herpès génital, syphilis, HPV... rien. Zéro protection.
Pourquoi ? Parce que le virus ou la bactérie n'habite pas que dans le sperme. Il est présent dans tous les fluides sexuels et peut passer par les muqueuses génitales directement. Le retrait ne doit donc JAMAIS être votre seule protection si vous avez des rapports avec un ou une partenaire dont vous ne connaissez pas la sérologie ou si vous avez plusieurs partenaires.
Le stress psychologique
Chez certaines femmes, utiliser le retrait comme seule contraception crée un stress chronique. Il y a toujours cette petite voix qui crie "et si c'était pas assez ?". Vous attendez vos règles, hyper focalisées sur chaque petit symptôme. Vous êtes enceinte ? Ou juste une fatigue normale ? Ce stress constant n'est pas bon pour votre bien-être mental, notamment si vous avez vraiment des raisons (économiques, personnelles, professionnelles) de vouloir éviter une grossesse non planifiée.
L'absence d'effet secondaire bénéfique
Contrairement aux contraceptifs hormonaux, le retrait ne vous aide pas à réguler vos règles douloureuses ou vos symptômes de syndrome prémenstruel. Il ne traite pas l'acné. Il ne réduit pas les symptômes du SOPK. C'est juste... du retrait.
Quand le retrait peut être envisagé
Soyons justes : dans certaines circonstances spécifiques, le retrait peut être une partie de votre stratégie contraceptive. Pas l'unique, mais une pièce du puzzle.
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Si vous avez une contraception de secours en cas d'échec. Par exemple, vous utilisez principalement le retrait mais vous avez toujours dans votre placard une pilule du lendemain à portée de main. Vous savez où la chercher, le coût n'est pas un problème, et vous savez comment l'utiliser. Dans ce cas, le retrait est moins angoissant et plus gérable.
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Si vous l'associez à la connaissance de votre cycle menstruel. Certaines femmes combinent le retrait avec la symptothermie ou l'observation de leur période fertile. Ça augmente un peu la fiabilité, sans garantir l'efficacité.
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Si vous êtes en couple, avec une communication parfaite sur le sujet. L'un de vous ne doit pas être "okay with it" juste pour faire plaisir à l'autre. Il faut une vraie discussion, une vraie acceptation du risque de part et d'autre.
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Si vous avez d'autres priorités que la contraception. Très honnêtement : si vous avez 40 ans, que vous avez finalisé votre projet parental, que votre métabolisme change et que les hormones vous posent problème, le retrait avec une vraie conscience du risque, c'est peut-être acceptable pour vous.
Les vraies alternatives si le retrait ne vous convient pas
Si vous avez lu jusque-là et que vous vous dites "ok, le retrait c'est nope", vous avez plein d'options de contraception :
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Le préservatif masculin. 85% d'efficacité réelle, ET une protection contre les IST. C'est le combo gagnant.
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Le DIU au cuivre. 99% d'efficacité, zéro hormone, efficace pendant 5-10 ans, réversible. C'est devenu la contraception préférée des Françaises et pour cause.
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La pilule contraceptive. 92% d'efficacité réelle, des avantages annexes (règles plus légères, acné réduite), accès gratuit jusqu'à 26 ans.
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L'implant contraceptif. Vous vous le faites poser une fois, c'est efficace à 99,95% pendant trois ans. C'est le top en termes de "set it and forget it".
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L'anneau vaginal ou le patch. Moins d'oublis que la pilule puisqu'on les change moins souvent.
Regardez, chacune a ses avantages et ses inconvénients. Votre contraception idéale, c'est celle qui vous convient, qui vous convient physiquement et psychologiquement.
La conclusion honnête sur le retrait
Le retrait n'est pas une contraception fiable. C'est reconnu par la science, par l'OMS et par tous les experts que nous avons consultés. Mais ce qui est reconnu aussi, c'est que certaines femmes et certains couples le choisissent quand même, pour des raisons économiques, personnelles ou de principe.
Si c'est votre cas, okay. Mais faites-le en conscience. Soyez consciente des risques et ayez un plan B. Surtout, renforcez-le avec du préservatif parce que les IST, c'est pas une blague.
Et si vous aviez des doutes, si le stress vous bouffe ou si vous avez envie d'une vraie sérénité ? Il est grand temps de consulter un ou une professionnel.le de santé ou d'appeler le Planning familial pour explorer des options qui vous conviennent vraiment.
Votre corps, votre liberté, votre choix. Mais un choix informé, s'il vous plaît.
it/it/
Coline Levin
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