Insuffisance lutéale : fertilité, diagnostic et prise en charge
By Coline Levin
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Une fois n’est pas coutume, on a décidé de vous parler à nouveau de vos hormones sexuelles. Cette fois-ci, on vous propose un focus sur une hormone clé : la progestérone. C’est elle qui entre en jeu dans l’insuffisance lutéale.
Si vous êtes en plein projet bébé, vous avez probablement déjà entendu parler de ce phénomène. Cependant, l’insuffisance lutéale n’est pas seulement responsable des difficultés à concevoir, elle peut avoir un tas d’autres conséquences sur votre santé.
Voici donc un guide complet pour tout savoir sur l’insuffisance lutéale.
C’est quoi l’insuffisance lutéale ?
L’insuffisance lutéale, c’est le terme médical qui désigne une carence en progestérone, une hormone sexuelle clé dans votre cycle menstruel et dans la grossesse. Elle est produite par le corps jaune, après ovulation.
Petit rappel sur le cycle menstruel :
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Pendant la première partie du cycle, dite “pré-ovulatoire” ou “folliculaire”, ce sont les œstrogènes qui ont le pouvoir. Votre cerveau produit une hormone (FSH) qui fait maturer les follicules présents dans les ovaires. Ces follicules produisent eux des œstrogènes (encore une hormone) qui agit sur l'épaississement de l’endomètre, votre bien-être et votre libido. Au moment de l’ovulation, un follicule mature, appelé l'ovocyte, est expulsé dans une trompe.
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La deuxième partie du cycle menstruel commence après l’ovulation et s’étend jusqu’aux règles. C’est ici que l’on parle de notre fameux corps jaune qui contenait l’ovocyte avant son expulsion.
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Hors grossesse, le corps jaune se détériore progressivement et naturellement, jusqu’à disparaître. Cela entraîne une chute hormonale qui provoque les règles.
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Si vous êtes enceinte, le corps jaune soutient le début de la grossesse en produisant un max de progestérone.
La progestérone joue un rôle essentiel dans votre fertilité et dans le maintien des fonctions vitales. Une carence en progestérone (insuffisance lutéale) peut donc avoir de vraies conséquences sur votre santé. On vous explique.
À quoi sert la progestérone ?
Le rôle de la progestérone sur votre santé
La plupart des organes sont équipés de récepteurs hormonaux, y compris des récepteurs à la progestérone. Et on ne parle pas seulement des organes génitaux : os, cœur, poumons, cerveau… Tout y passe ! La progestérone agit en complémentarité avec l’œstrogène sur l’ensemble de votre corps.
“ La progestérone exerce son action après liaison à un récepteur spécifique qui est présent dans le myomètre, les trompes, l'hypophyse, l'hypothalamus, le cortex cérébral, le vagin, les glandes mammaires, les testicules, le thymus et les cellules musculaires des artères utérines. La synthèse de ce récepteur étant stimulée par les œstrogènes, l'action de la progestérone ne peut se manifester qu'après celle des œstrogènes. Le récepteur de la progestérone est ainsi physiologiquement le produit d'un effet oestrogénique.” Labo Biomnis, leader européen de la biologie spécialisée
Parmi les actions bénéfiques de cette hormone, on note :
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un effet relaxant et apaisant, car la progestérone agit sur le GABA, le neurotransmetteur en charge de l’apaisement,
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une amélioration des capacités cognitives (concentration et mémorisation),
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une préservation face aux risques cardiovasculaires,
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une protection des os, des articulations et une contribution au maintien de la masse musculaire.
On comprend mieux pourquoi une insuffisance lutéale a des répercussions sur tout le corps ! C’est d’ailleurs aussi le cas en période de ménopause : lorsque les taux d’hormones sexuelles chutent, cela se traduit par une ribambelle de symptômes physiques et psychiques.
Progestérone et fertilité : quel est le lien ?
La progestérone porte bien son nom : c’est l’hormone de la “pro-gestation”. Chaque mois, après l’ovulation, elle prépare votre corps à une éventuelle grossesse. D’ailleurs, ce sont souvent des difficultés à concevoir qui poussent les femmes à réaliser un bilan hormonal… et à constater une insuffisance lutéale.
Concrètement, voici comment la progestérone agit :
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elle participe à la vascularisation des tissus de l’utérus,
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elle épaissit l’endomètre pour préparer le nid douillet d’un éventuel embryon,
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elle épaissit la glaire cervicale et participe à la création du bouchon muqueux,
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elle augmente la température corporelle,
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elle bloque l’action de la LH et de la FSH pour éviter une nouvelle ovulation et laisser toute la place à l’ovule star du mois !
En bonus, la progestérone agit aussi sur les glandes mammaires dans le cas où vous auriez besoin d’allaiter dans les prochains mois. C’est donc une hormone super puissante avec une tonne de pouvoirs, et qui est indispensable à la conception.
Sachez que les hommes aussi en produisent, dans une quantité moindre, certes, mais tout de même !
Comment reconnaître une insuffisance lutéale ?
Insuffisance lutéale et cycle menstruel
Vous l’aurez compris, une insuffisance lutéale se répercute directement sur votre cycle menstruel.
Si vous ne souffrez pas de carence hormonale, votre taux de progestérone augmente juste après l’ovulation sous l’action du corps jaune puis diminue jusqu’aux règles : c’est la phase lutéale.
Dans le cas d’une insuffisance en progestérone, la phase lutéale est très courte, le taux de progestérone ne suit plus cette évolution en cloche. Les règles apparaissent très tôt car la quantité de progestérone n’est pas suffisante pour “retenir” l’endomètre dans l’utérus.
Une insuffisance lutéale se caractérise donc par :
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des règles précoces (8, 9, 10 jours après l’ovulation),
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du spotting avant les règles car l’endomètre commence à se détacher avant l’heure,
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des règles abondantes car l’endomètre se détache sous forme de caillots.
En bref, des règles un peu pressées et des saignements abondants peuvent vous mettre sur la piste d’une insuffisance lutéale.
Manque de progestérone : les symptômes physiques
Un manque de progestérone se traduit aussi par des conséquences physiques. Vous pouvez souffrir d’anxiété et de troubles du sommeil car vous ne bénéficiez plus de l’action relaxante de l’hormone. Certaines femmes rapportent aussi un syndrome prémenstruel exacerbé : crampes dans le bas du ventre, irritabilité, tristesse, fatigue…
En clair, c’est un peu le bazar dans votre système hormonal. Pour essayer de compenser l’insuffisance lutéale, il est possible que le taux d’œstrogène remonte de lui-même. Le problème, c’est que l’hyperoestrogénie n’est pas bien reçue en phase lutéale : ce n’est pas SON moment du cycle !
Pour remettre un peu d’ordre là-dedans, on vous conseille de consulter un.e professionnel.le de santé, de préférence un.e médecin généraliste ou un.e gynécologue. Il ou elle vous proposera une solution médicamenteuse, éventuellement une supplémentation pour apaiser votre SPM, et un rééquilibrage de votre hygiène de vie.
Insuffisance lutéale et grossesses arrêtées
On parle de grossesse arrêtée lorsqu’une grossesse s’interrompt spontanément avant 22 semaines d’aménorrhée.
En cas d’insuffisance lutéale, le corps peut manquer de progestérone pour offrir à l’embryon des conditions optimales d’implantation et de maintien. Si l’endomètre n’est pas suffisamment épais ou stable, il se peut que la grossesse n’aboutisse pas, même si la fécondation a bien eu lieu.
Lorsque les fausses couches se répètent (au moins trois), l’Organisation mondiale de la santé recommande de réaliser un bilan hormonal complet. Celui-ci permet notamment de vérifier les taux d’hormones sexuelles, et en particulier la progestérone en phase lutéale, afin de mieux comprendre ce qui se joue.
Mais il est important de le rappeler : une grossesse arrêtée n’est presque jamais liée à une seule cause. Ces situations sont le plus souvent multifactorielles. L’environnement, l’hygiène de vie, le stress, certains facteurs génétiques ou encore la qualité du sperme du partenaire peuvent aussi entrer en jeu.
Chez certaines femmes, l’insuffisance lutéale peut également compliquer la conception. D’où l’importance de ne pas banaliser vos difficultés et de consulter pour faire le point, sans culpabilité. Votre corps essaie de faire au mieux avec les ressources dont il dispose.
Le diagnostic de l’insuffisance lutéale
Mettre un mot sur ce que vous traversez est indispensable. Le diagnostic de l’insuffisance lutéale repose avant tout sur un bilan hormonal, prescrit par un.e professionnel.le de santé.
Le plus souvent, il s’agit d’une prise de sang visant à mesurer le taux de progestérone. Et ici, le timing est essentiel. Pour que le résultat soit pertinent, le dosage doit idéalement être réalisé environ 7 jours après l’ovulation, c’est-à-dire en plein cœur de la phase lutéale, lorsque la progestérone est censée être à son maximum.
À titre indicatif, les valeurs de référence sont souvent :
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entre 0,2 et 1,4 µg/L en phase folliculaire (avant l’ovulation),
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entre 3,3 et 28 µg/L en phase lutéale (après l’ovulation).
Il existe aussi des tests urinaires disponibles en pharmacie, qui mesurent le PdG (un métabolite urinaire de la progestérone). Ils peuvent donner un premier aperçu, notamment si vous souhaitez mieux comprendre votre cycle, mais ils restent moins fiables qu’un dosage sanguin et doivent être interprétés avec précaution.
Si une insuffisance lutéale est confirmée, l’étape suivante consiste à en rechercher la cause. Elle peut être liée à :
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une ovulation absente ou de mauvaise qualité (SOPK, troubles du comportement alimentaire, déséquilibres hormonaux),
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une hyperœstrogénie en phase post-ovulatoire,
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un excès de stress. La progestérone et le cortisol partagent une même hormone-mère, la prégnénolone. En période de stress intense, le corps privilégie la production de cortisol, indispensable à la survie, au détriment de la progestérone. La reproduction passe alors au second plan,
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des troubles de la thyroïde, une glande centrale qui influence le métabolisme, le cycle menstruel et l’ovulation.
Prise en charge de l’insuffisance lutéale
La prise en charge de l’insuffisance lutéale est toujours personnalisée. Elle dépend de vos antécédents, de votre état de santé global, mais aussi de vos projets de vie, notamment si vous êtes en parcours de conception.
Dans de nombreux cas, le traitement de première intention repose sur une supplémentation en progestérone de synthèse, comme le Duphaston. L’objectif n’est pas de “forcer” le corps, mais de l’aider à retrouver un équilibre hormonal suffisant pour soutenir la phase lutéale et soulager vos symptômes.
En parallèle, l’hygiène de vie joue un rôle fondamental. On ne le répétera jamais assez :
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La régulation du stress est essentielle, car le sommeil et le système nerveux influencent directement la production hormonale.
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En cas de troubles thyroïdiens, une alimentation riche en iode et en sélénium peut être bénéfique.
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Identifier et limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens du quotidien permet aussi de soulager votre système hormonal (Santé Publique France propose une liste des perturbateurs endocriniens).
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La symptothermie peut être un précieux coup de pouce pour mieux comprendre votre cycle, repérer l’ovulation et apprendre à écouter les signaux de votre corps.
L’insuffisance lutéale n’est pas une maladie mais un trouble encore trop méconnu qui peut expliquer bien des symptômes ! Si vous vous êtes reconnue, n’hésitez pas à en toucher deux mots à votre médecin. Restez attentive à tous les signaux que vous envoie votre corps et prenez soin de vous.
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