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Le retrait comme contraception : efficace ou pas ? Ce que dit vraiment la science

By Coline Levin

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Le retrait comme contraception : efficace ou pas ? Ce que dit vraiment la science - Puissante Image

Vous avez peut-être déjà entendu « t'inquiète, je fais attention » ou reçu des infos contradictoires sur le retrait. La question mérite d'être posée clairement : le retrait est-il une contraception fiable ? La réponse honnête : non, pas vraiment. Voici ce que disent les données, et comment protéger votre corps comme votre tranquillité d'esprit.

Quelle est l'efficacité de la méthode du retrait ?

C'est quoi, exactement, le retrait ?

Le retrait, aussi appelé coït interrompu, consiste à retirer le pénis du vagin avant l'éjaculation. L'objectif : empêcher les spermatozoïdes de rencontrer l'ovule.

Pour avoir une chance de fonctionner, l'éjaculation doit avoir lieu à distance de la vulve, et pas seulement à l'entrée du vagin. Sur le papier, c'est simple. En pratique, beaucoup moins.

Un taux d'échec de 4 % à 20 %

Selon l'OMS, le retrait est bien reconnu comme une méthode de contraception, mais il fait partie des moins fiables. Reconnu ne veut pas dire efficace.

  • En usage parfait (à chaque rapport, sans aucune erreur) : environ 4 grossesses pour 100 femmes sur un an.
  • En usage courant (la vraie vie) : environ 20 grossesses pour 100 femmes sur un an, soit 1 femme sur 5.
  • Sans aucune contraception : environ 85 grossesses pour 100 femmes sur un an.

Le retrait vaut donc mieux que rien, mais il reste loin d'une assurance tous risques.

Pourquoi un tel écart entre la théorie et la pratique ?

  • Il faut maîtriser son éjaculation. Excitation intense, fatigue, alcool ou stress rendent le contrôle plus compliqué, voire impossible. Et dans le feu de l'action, la clarté mentale n'est pas toujours à 100 %.
  • Le timing doit être parfait. Se retirer juste avant l'éjaculation laisse une marge d'erreur minuscule. Une seconde d'inattention suffit.
  • Le liquide pré-éjaculatoire peut contenir des spermatozoïdes. On y revient juste après.
  • La méthode doit être respectée à chaque rapport. Une seule exception, et l'efficacité théorique s'effondre.
  • La communication doit être sans faille. Les deux partenaires doivent être sur la même longueur d'onde et se faire confiance, y compris quand l'excitation monte.

Le liquide pré-éjaculatoire peut-il provoquer une grossesse ?

Oui, c'est possible. Le liquide pré-éjaculatoire est ce liquide transparent qui s'écoule pendant l'excitation, avant l'éjaculation. Il ne contient pas de spermatozoïdes par lui-même, mais il peut en entraîner, par exemple des spermatozoïdes restés dans l'urètre après une éjaculation récente.

Les études sont peu nombreuses et portent sur de petits échantillons, mais elles vont dans le même sens. Dans une étude de 2011, des spermatozoïdes mobiles ont été retrouvés chez 11 des 27 volontaires, soit environ 41 %. Une étude thaïlandaise de 2016 en a observé chez environ 17 % des participants.

Certains hommes en ont systématiquement, d'autres jamais. Impossible de savoir à l'avance dans quel cas on se trouve, d'autant que cette émission est involontaire et pas toujours perceptible.

Efficacité du retrait comparée aux autres méthodes

Voici comment le retrait se situe parmi les autres contraceptifs, en nombre de grossesses pour 100 femmes sur un an. Plus le chiffre est bas, plus la méthode est efficace.

Méthode Usage parfait Usage courant
Implant 0,05 0,05
DIU hormonal (au lévonorgestrel) 0,2 0,2
DIU au cuivre 0,6 0,8
Pilule 0,3 8
Préservatif masculin 2 15
Retrait 4 20
Spermicides seuls 18 29

Sources : tableau de l'Assurance Maladie (données OMS) pour toutes les méthodes sauf le retrait, OMS pour le retrait.

Les méthodes les plus efficaces, comme l'implant et les stérilets, ne dépendent pas d'un geste à chaque rapport. C'est ce qui explique leur écart minime entre usage parfait et usage courant.

Le retrait n'est donc pas le pire élève, mais il est très loin d'être le meilleur.

Pourquoi certaines personnes choisissent quand même le retrait ?

Bonne question, vu ces chiffres. Plusieurs raisons reviennent souvent :

  • C'est gratuit et immédiat. Pas de consultation, pas d'ordonnance, pas de coût.
  • C'est discret et sans hormones. Pas de pilule à avaler chaque jour, pas de pose par un ou une professionnelle. Certaines personnes ne supportent tout simplement plus les effets secondaires de la contraception hormonale.
  • Le manque d'informations sur les alternatives. Au début des années 2010, la « crise de la pilule » a ébranlé la confiance de nombreuses Françaises. Certaines ont arrêté la contraception hormonale sans se tourner vers une autre méthode fiable. Le retrait est alors devenu un plan B par défaut.
  • Les idées reçues. « Ma grand-mère n'avait que ça et elle n'a eu que deux enfants. » Les expériences personnelles rassurent, mais elles ne prouvent rien : certaines ont de la chance, d'autres non. La biologie ne fonctionne pas à la majorité.

Ce que le retrait ne fait pas

Il ne protège pas des IST

Le retrait n'offre aucune protection contre les infections sexuellement transmissibles : VIH, chlamydia, gonorrhée, herpès génital, syphilis, HPV... Les agents infectieux ne se trouvent pas seulement dans le sperme. Ils passent aussi par les sécrétions génitales et les muqueuses, ou par simple contact peau à peau pour certaines infections.

Si vous ne connaissez pas le statut sérologique de votre partenaire, ou si vous avez plusieurs partenaires, le retrait ne doit jamais être votre seule protection. Le préservatif reste la seule méthode qui protège à la fois d'une grossesse et des IST, comme le rappelle l'OMS. Un dépistage est possible en laboratoire ou en CeGIDD (centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic).

Il peut peser sur votre santé mentale

Quand le retrait est votre seule contraception, une petite voix répète parfois « et si ça n'avait pas suffi ? ». Vous guettez vos règles, vous scrutez chaque symptôme, et la fatigue devient un doute. Ce stress n'est pas anodin, surtout si une grossesse serait difficile à envisager en ce moment. Il peut aussi peser sur le désir : on en parle dans notre article sur le lien entre stress et libido.

Il ne régule pas votre cycle

Contrairement à certaines contraceptions hormonales, le retrait n'a aucun effet sur le cycle. Il n'agit ni sur les règles douloureuses, ni sur le syndrome prémenstruel, ni sur les symptômes du SOPK. Si ces sujets vous concernent, parlez-en à un ou une professionnelle de santé : la contraception peut aussi se choisir en fonction d'eux.

Dans quels cas le retrait peut-il être envisagé ?

Soyons justes : certaines personnes le choisissent en connaissance de cause. Voici comment limiter les risques, sans jamais les supprimer.

  • Avoir une contraception d'urgence à portée de main. Savoir où la trouver et comment la prendre rend le retrait moins angoissant (voir plus bas).
  • Bien connaître son cycle. Certaines personnes s'appuient sur les hormones du cycle menstruel, sur le suivi de leur cycle ou sur le repérage de leur période fertile. Cela demande des cycles réguliers et de la rigueur, et cela ne rend pas le retrait fiable pour autant.
  • En parler franchement à deux. Personne ne devrait accepter le retrait juste pour faire plaisir. Il faut une vraie discussion, et une acceptation du risque de part et d'autre.

À l'inverse, l'Assurance Maladie déconseille les méthodes naturelles, dont le retrait, chez les adolescentes aux cycles irréguliers et à l'approche de la ménopause. Pendant la périménopause, les cycles se dérèglent mais une grossesse reste possible : mieux vaut en parler à un ou une professionnelle de santé.

Que faire après un retrait raté ?

Éjaculation dans le vagin ou sur la vulve, retrait trop tardif, simple doute ? N'attendez pas : l'efficacité de la contraception d'urgence diminue avec le temps.

  • La contraception d'urgence hormonale (la « pilule du lendemain ») : le lévonorgestrel se prend au plus tard 3 jours (72 heures) après le rapport, l'ulipristal au plus tard 5 jours (120 heures). Elle est gratuite et sans ordonnance en pharmacie pour toute personne, mineure ou majeure, depuis le 1er janvier 2023.
  • Le DIU au cuivre : c'est la méthode d'urgence la plus efficace, jusqu'à 5 jours après la date présumée de l'ovulation. Il faut en revanche trouver rapidement un ou une professionnelle pour la pose.

Aucune contraception d'urgence n'est efficace à 100 %. Si vos règles ont plus de 5 jours de retard, faites un test de grossesse.

Quelles alternatives au retrait ?

Si le retrait ne vous convient pas, vous avez plusieurs options de contraception. Chacune a ses avantages et ses limites.

  • Le préservatif masculin. Environ 85 % d'efficacité en usage courant, et surtout la seule méthode qui protège aussi des IST. Le combo gagnant.
  • Le stérilet (DIU). Au cuivre (sans hormones) ou hormonal, il fait partie des méthodes les plus efficaces, avec moins d'une grossesse pour 100 femmes par an en usage courant. Il reste en place 5 à 10 ans selon le modèle. Notre article sur le stérilet au cuivre et la libido détaille les ressentis possibles.
  • La pilule. Environ 92 % d'efficacité en usage courant, à condition de ne pas l'oublier. Elle est gratuite sur prescription pour les moins de 26 ans.
  • L'implant. Posé une seule fois, efficace environ 3 ans, avec un taux d'échec très bas. C'est le « set it and forget it » de la contraception.
  • L'anneau vaginal ou le patch. Un peu moins de gestes à retenir que la pilule, puisqu'on les change moins souvent.

La meilleure contraception est celle qui vous convient, physiquement comme psychologiquement.

FAQ : vos questions sur le retrait

Peut-on tomber enceinte sans éjaculation ?

Oui. Le liquide pré-éjaculatoire peut contenir des spermatozoïdes, surtout après une éjaculation récente. Le risque est plus faible qu'avec une éjaculation, mais il existe.

Peut-on tomber enceinte si le sperme est sur la vulve ?

Oui, même si le risque est moindre. Pendant la période fertile, la glaire cervicale aide les spermatozoïdes à remonter vers le vagin. En cas de doute, pensez à la contraception d'urgence.

Peut-on refaire l'amour juste après une éjaculation avec la méthode du retrait ?

Ce n'est pas recommandé. Des spermatozoïdes peuvent rester dans l'urètre après une éjaculation et être entraînés lors d'un nouveau rapport. Pour le deuxième round, mieux vaut un préservatif.

Le retrait est-il moins risqué en dehors de l'ovulation ?

Un peu, mais l'ovulation est difficile à situer au jour près. Les spermatozoïdes peuvent aussi survivre jusqu'à 5 jours dans les voies génitales. Les méthodes naturelles s'adressent aux personnes qui connaissent très bien leur cycle et acceptent le risque de grossesse.

Une douche vaginale ou un lavage empêche-t-il une grossesse après un retrait raté ?

Non. Cela n'empêche pas les spermatozoïdes de remonter, et la douche vaginale peut perturber la flore. Seule la contraception d'urgence peut réduire le risque.

Retrait et contraception : l'essentiel à retenir

Le retrait n'est pas une contraception fiable, et il ne protège pas des IST. Si vous le choisissez malgré tout, faites-le en conscience : gardez une contraception d'urgence à portée de main, un préservatif en cas de doute sur les IST, et un plan B.

Un retard de règles, un symptôme inhabituel (brûlures, pertes inhabituelles, douleurs pelviennes) ou simplement l'envie de changer de méthode ? Parlez-en à un médecin, une sage-femme, un pharmacien ou au Planning familial. Votre corps, votre choix, mais un choix informé.

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Coline Levin

Well-being

Coline Levin is a writer, a graduate of Audencia. After a stint at McKinsey, she now uses her writing skills to support socially responsible brands and powerful narratives.

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