Sex recession : fait-on moins l'amour ?
Par Aline Arcis
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Depuis quelques années, le terme de sex recession souffle un vent de panique. Fait-on moins l'amour ? Pourquoi ? Il a été utilisé pour la première fois par la rédactrice en chef Kate Julian, dans un article paru en première page du journal The Atlantic en décembre 2018.
On remarque en France depuis quelques années une baisse de la natalité. La question est donc sur toutes les lèvres : est-ce dû à une baisse des rapports sexuels ? De 1982 à 2023, il y a eu une forte baisse de la natalité, passant de 14,8 pour 1000 habitants à 9 pour 1000 habitants en 2023.
Bien qu'un rapport sexuel ne conduise pas systématiquement à la conception d'un enfant, cette corrélation mérite réflexion. Puissante a mené l'enquête sur les nouvelles habitudes sexuelles des Français.
Évolution des normes sociales en matière de sexualité
La notion de pureté féminine
Autrefois, une femme qui n’avait pas plusieurs partenaires sexuels était souvent perçue aux yeux du monde comme "pure" et “vertueuse”. Cette notion de pureté reposait sur des standards moraux et sociaux rigides qui valorisaient la chasteté féminine et associaint la virginité à l'honneur et à la respectabilité.
L'abstinence et la fidélité étaient des critères essentiels pour juger du caractère et de la valeur d'une femme. Toute déviation de ces normes pouvait entraîner des stigmates et des jugements sévères, exemple des soldats à l’époque de la Seconde Guerre mondiale qui mariaient les femmes rapidement pour être sûrs qu’elles soient fidèles jusqu’à leur retour.
Ces attentes restrictives reflétaient une vision patriarcale de la sexualité, où la liberté sexuelle des femmes était largement contrôlée et limitée par les conventions sociales. Même si le chemin est encore long, nous en sortons petit à petit. Et ça, c'est une bonne nouvelle !
Le consentement
Depuis une quinzaine d’années, la proportion d’individus ayant eu un rapport sexuel diminue beaucoup : 76% en moyenne, soit une baisse de 15 points depuis 2006 selon une étude CSF. Le taux d’activité sexuelle annuelle tombe ainsi à un niveau encore plus faible qu’en 1970 selon l’Ifop.
Grâce à la révolution du rapport au consentement et la fin du devoir conjugal, les Françaises acceptent beaucoup moins de “se forcer” à faire l’amour qu’il y a 40 ans. 52% des femmes âgées de 18 à 49 ans déclarent qu’il leur arrive de faire l’amour sans en avoir envie, contre 76% en 1981.
Aujourd’hui, une femme ose davantage et peut dire non, malheureusement, cela n’a pas toujours été le cas.
À l’époque, une femme se devait de s’offrir à son partenaire, son avis n’était pas forcément pris en compte. La déconstruction du concept de « devoir conjugal » est malgré tout encore en cours ; ces 20 dernières années, 52% des femmes ont déjà ressenti une pression sexuelle (Ifop).
Influence des écrans et des réseaux sociaux
Grâce aux réseaux sociaux ainsi que certains médias, nous sommes aujourd’hui beaucoup plus renseigné.e.s sur les risques d’avoir des rapports non protégés.
Les réseaux sociaux ont aidé à normaliser les discussions sur la santé sexuelle, un sujet autrefois tabou. En rendant ces conversations plus fréquentes et plus ouvertes, ils contribuent à réduire la stigmatisation associée aux MST et aux pratiques sexuelles sûres.
Certains comptes de sexualité positive nous éduquent à l'aide de contenus inclusifs et accessibles. Ils permettent d'ouvrir la conversation sur les pratiques, de lever les tabous et de représenter la diversité des expériences. Comme quoi, il n’y a pas QUE des côtés négatifs aux réseaux sociaux !
Cependant, les réseaux sociaux peuvent également contribuer à une distanciation. En privilégiant les relations virtuelles, vous risquez de vous isoler et de vous éloigner des interactions sociales réelles.
Les écrans en général peuvent être nocifs pour la vie sexuelle : selon une enquête menée par l'Ifop, parmi les jeunes de moins de 35 ans vivant en couple sous le même toit, la moitié des hommes (50 %) admettent avoir déjà évité un rapport sexuel pour regarder une série ou un film à la télévision (ex : Netflix, OCS...), contre 42 % des femmes.
Il est temps de lâcher nos écrans et de se retrouver dans la vraie vie !
Évolution des perceptions sexuelles
Les différentes formes d’intimité
Pendant longtemps, les rapports sexuels étaient majoritairement associés à la pénétration, mais cette vision évolue progressivement.
Aujourd'hui, la compréhension des relations sexuelles s'élargit. Elle intègre une variété d'expériences intimes qui vont au-delà du schéma classique. Préliminaires prolongés, câlins, bisous, massages : tout compte durant un rapport intime !
En considérant toutes les formes d'intimité comme valides, on encourage les individus à explorer ce qui leur apporte du plaisir et du confort sans se sentir obligé.e.s de se conformer à des normes rigides.
Cette redéfinition des rapports sexuels encourage les partenaires à découvrir leurs désirs et à communiquer ouvertement sur leurs besoins et attentes.
Qu’est-ce que l’asexualité ?
Un autre phénomène pour expliquer la sex recession est l'asexualité.
L'asexualité est une orientation sexuelle où une personne ne ressent pas d'attirance sexuelle envers autrui. Ce n'est pas la même chose que le célibat, qui est un choix de ne pas avoir de relations sexuelles malgré une attirance. En France, 15 % des femmes et 9 % des hommes déclarent ne ressentir aucune attirance sexuelle.
« Cette affirmation d'une orientation jusque-là méconnue, comme l'asexualité, favorise également une forme de “désengagement sexuel”» explique le spécialiste François Kraus.
L'asexualité, en tant qu'orientation sexuelle, permet aux personnes qui s'identifient comme tels de mieux comprendre et accepter leurs sentiments, sans pression de se conformer aux normes sociales de la sexualité.
Cette reconnaissance contribue à un élargissement de la compréhension de la diversité sexuelle et offre un espace pour que chacun.e puisse vivre sa sexualité de manière authentique et libre.
Les relations platoniques
Aujourd’hui, on observe un changement des mentalités au sujet de la conjugalité et de la sexualité.
Selon l’étude menée par l’Ifop, 54% des femmes pourraient avoir une relation purement platonique, contre 42% des hommes.
Une nette évolution chez les femmes de moins de 50 ans. Car une vie de couple ne se résume pas à des relations sexuelles !
Le visage de la société actuelle
Un climat anxiogène
Bien que les générations précédentes aient fait face à de nombreux défis, il semble que notre quotidien soit marqué par une anxiété généralisée face à l'avenir. Nos ancêtres avaient un cadre plus rigide comme la famille, une place davantage définie dans une communauté de quartier, de village ou même religieuse.
La tendance individualiste des esprits provoque un repli sur soi face à l'inflation, aux guerres ou encore au réchauffement climatique.
Le stress quotidien engendré par ces multiples défis affecte le moral, la santé mentale et le désir sexuel. On le sait, le désir est rarement présent lorsque l'on évolue dans un quotidien teinté de stress et d'anxiété. La libido est en berne et la fréquence des rapports en baisse.
La fatigue du dating
Parfois, la libido est toujours présente, mais nous privilégions la qualité plutôt que la quantité.
Les applis de rencontres sont omniprésentes, mais beaucoup sont lassé.e.s du dating en ligne. La preuve, les créateurs de sites et d'applis de rencontre redoublent d'efforts pour créer des algorithmes qui matchent les personnes et créent une véritable connexion.
D'autant plus après le Covid, nous prenons davantage notre temps pour rencontrer et exprimer nos désirs. La pandémie a changé notre perception des relations et nous a poussés à chercher un lien plus profond et sincère. Plutôt que de se précipiter dans des rencontres, beaucoup choisissent de mieux connaître les autres et de bâtir des relations basées sur la compréhension mutuelle et le respect.
En règle générale, nous ressentons une forme d'épuisement à percevoir les rencontres comme des objets de consommation. Les interactions superficielles et le nombre infini de profils à parcourir peuvent être épuisants et décourageants. Cela conduit à un phénomène de "burn-out" du dating où les gens préfèrent se retirer temporairement ou définitivement des plateformes de rencontre en ligne.
De plus, grâce à l'impact du mouvement #MeToo, chacun.e réfléchit à sa sexualité. Les discussions autour du consentement et du respect dans les relations intimes sont devenues plus courantes et plus importantes. Les femmes en particulier se sentent un peu plus libres d'exprimer leur point de vue et de ne plus se forcer dans les relations. Elles s'autorisent à dire non et à définir leurs propres limites, ce qui contribue à des interactions plus honnêtes et respectueuses.
Changement des priorités
En plus des nouveaux challenges, nos priorités ont aussi changé.
Contrairement aux générations précédentes, où se marier et avoir des enfants étaient souvent vus comme des étapes incontournables de la vie adulte, nous valorisons davantage l'épanouissement personnel et professionnel, les expériences de vie et la stabilité émotionnelle.
La reconnaissance de l'importance de la santé mentale et du bien-être personnel joue un rôle crucial dans la décision de retarder ou de renoncer à avoir des enfants. Le sexe devient alors synonyme de plaisir et est une activité de bien-être comme une autre. On se masturbe donc plus pour se faire du bien.
Aujourd'hui, nous investissons plus de temps et de ressources dans des activités qui favorisent le bien-être, le divertissement ou le plaisir.
Les cultures et le sexe
Les croyances religieuses entrent beaucoup en jeu au sujet de la sexualité. Cette influence religieuse persiste aujourd'hui dans plusieurs pays, où le mariage homosexuel et l'homosexualité sont encore mal perçus.
Pour beaucoup de dogmes, le sexe est considéré comme un acte sacré devant se dérouler uniquement entre un homme et une femme, dans le cadre du mariage et principalement pour la procréation. Certaines pratiques sexuelles sont encore aujourd’hui jugées comme des péchés honteux.
Alors en fonction des pays et de la culture, les rapports sexuels peuvent être plus ou moins élevés : selon les études, les Grecs sont ceux qui ont le plus de relations sexuelles par an (165 en moyenne).
La tendance de sex recession existe bel et bien. Pourtant, ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Au contraire, la quantité passe au second plan au profit de la qualité et de la sincérité dans les relations. Les priorités changent et les rapports sexuels sont des moments privilégiés. Nous trouvons d’autres formes d’intimité, nous avons beaucoup plus de liberté en terme de sexualité en général, et ça, c’est le principal ! Et si vous avez du mal à trouver des moments d’intimité, pourquoi ne pas planifier vos rapports ?
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