Qu’est-ce qu’une grossesse arrêtée et comment est-elle prise en charge ?
Par Coline Levin
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La grossesse arrêtée est un sujet qui concerne énormément de femmes mais qui reste tabou pour elles, leur partenaire et leur entourage.
En faisant quelques recherches et en questionnant les femmes qui nous entourent, on s’est rendu compte que beaucoup d’entre elles ne savent pas exactement de quoi il s’agit : quelle est la différence entre une fausse couche et une grossesse arrêtée ? Quelle en est la cause ? Peut-on tomber enceinte après une grossesse arrêtée ?
Pourtant, chaque année en France, 200 000 femmes sont concernées par la grossesse arrêtée au premier trimestre. On vous propose donc un article récap pour répondre à toutes ces questions et ouvrir enfin le dialogue.
Ce que vous devez savoir sur la grossesse arrêtée
Quelle est la différence entre une grossesse arrêtée et une fausse couche ?
La grossesse arrêtée désigne l’arrêt prématuré d’une grossesse au cours des 5 premiers mois : le développement cesse de manière naturelle. Elle est aussi appelée “fausse couche” ou “arrêt spontané de grossesse”, cela désigne exactement le même phénomène.
Les fausses couches sont assez courantes, elles concernent 15 % des grossesses. C’est pour cela qu’il est essentiel d’en parler ! D’ailleurs, la suspicion de fausse couche au premier trimestre de grossesse est la cause la plus fréquente de consultation aux urgences gynécologiques (étude du CHU de Rennes).
Les fausses couches sont certes fréquentes, mais elles ne doivent pas être banalisées. Certaines femmes ont du mal à se projeter à nouveau dans la maternité après un tel événement, elles se sentent coupables, seules et incomprises. Bien comprendre les fausses couches, c’est la première étape pour se réconcilier avec son corps et envisager à nouveau l’avenir, avec ou sans bébé.
Quels sont les différents types de grossesse arrêtée ?
Il existe différents types de fausses couches selon la date à laquelle s’arrête la grossesse.
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Grossesse arrêtée précoce, avant 14 SA (semaines d'aménorrhée). Certaines peuvent même passer inaperçues si elles sont très précoces. Elles peuvent même être confondues avec les menstruations.
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Grossesse arrêtée tardive, entre 14 SA et 22 SA. Ce type de fausse couche est plus rare et concerne moins d’1 % des grossesses.
Qu’il s’agisse d’une grossesse arrêtée très précoce, précoce ou tardive, les symptômes sont les mêmes : des saignements anormaux et des douleurs plus ou moins intenses dans le bas du ventre, un peu comme des contractions.
La barrière des 22 SA ne vient pas de nulle part : elle a été fixée par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) comme délai à partir duquel le fœtus est viable. Au-delà, on ne parle de plus de fausse couche mais d’un accouchement prématuré ou d’une mort fœtale in utero (MFI) si l’accouchement n’a pas lieu.
Comment expliquer une grossesse arrêtée ?
Il est parfois difficile de trouver la cause exacte d’une grossesse arrêtée. Certaines femmes souhaitent investiguer pour comprendre exactement ce qu’il s’est passé, là où d’autres n’éprouvent pas le besoin de savoir.
Les fausses couches liées à l’embryon
Dans près de 60 % des cas, une grossesse arrêtée est directement liée à un problème au niveau l’embryon, notamment si la fausse couche survient tôt, au premier trimestre de grossesse.
Il peut s’agir par exemple d’une anomalie chromosomique ou d’un problème de développement embryonnaire (système nerveux, cœur ou poumons). Impossible de prévoir à l’avance, la loterie génétique fait son œuvre, même si c’est très injuste…
Si vous vous êtes déjà un peu renseignée sur la fausse couche, vous avez probablement entendu parler de l’œuf clair. Dans ce cas précis, il y a bien eu fécondation, votre corps agit donc comme si vous étiez enceinte : les membranes et le placenta se développent, votre test de grossesse est positif et vous ressentez les premiers symptômes, mais dans les faits, aucun embryon n’a réussi à se former. L’œuf clair correspond en fait à un arrêt très précoce de la grossesse.
Quand la santé de la mère entre en jeu
D’autres fois, c’est la santé de la mère qui peut expliquer qu'une grossesse s'arrête prématurément. Vous êtes particulièrement exposée au risque de fausse couche si vous souffrez de :
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diabète,
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maladie de la thyroïde,
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troubles de la coagulation,
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maladie gynécologique (endométriose ou SOPK par exemple),
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maladie cœliaque (allergie au gluten).
L’âge est aussi un facteur important à prendre en compte : ce n’est pas du tout une maladie mais il est vrai que le taux de fausse couche augmente avec les années.
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10 % avant 30 ans,
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20 % entre 30 et 40,
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53 % à 45 ans et +.
Enfin, comme on a toujours tendance à culpabiliser les femmes, on rappelle que la qualité du sperme entre aussi en compte dans le déroulé d’une grossesse (Inserm).
Les facteurs extérieurs qui expliquent une grossesse arrêtée
Vous vous en doutez, les facteurs environnementaux et votre hygiène de vie entrent aussi en jeu pour tout ce qui concerne la fertilité et la grossesse. La gynécologue-obstétricienne Aparna Sridhar rappelle les éléments à surveiller :
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la consommation d’alcool (la règle d’or, c’est zéro alcool pendant la grossesse),
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la consommation de tabac ou de drogues,
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les infections (par exemple toxoplasmose ou rubéole),
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l’inhalation de certains produits chimiques présents dans l’industrie,
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la consommation de médicaments contre-indiqués,
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la consommation de plantes contre-indiquées (absinthe, armoise, génépi, aloès, cascara, bourdaine, sauge… la liste est longue) !
L’idéal est de faire un petit point avec votre médecin ou gynécologue dès que vous savez que vous êtes enceinte pour savoir exactement quelles sont les bonnes habitudes à prendre pour les prochains mois. Bien sûr, il se peut que vous suivez les recommandations à la lettre et que la grossesse n’atteigne pas son terme : vous n’êtes pas responsable, soyez douce avec vous-même et prenez soin de votre corps.
Prise en charge et accompagnement d’une grossesse arrêtée
Il existe différentes façons de prendre en charge une grossesse arrêtée. Cela dépend du niveau de maturité de l’embryon et de la manière dont son développement s’est interrompu.
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La grossesse a été évacuée de manière complète
Dans ce premier cas, votre corps a fait presque tout le travail tout seul en expulsant les tissus embryonnaires. Les saignements diminuent progressivement, jour après jour, sans intervention médicale. Votre utérus recouvre petit à petit sa forme normale. Si besoin, vous pouvez prendre des anti-douleurs pour soulager l’inconfort des contractions dans les premiers jours.
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La grossesse n’a pas été évacuée de manière complète
Dans ce deuxième cas de figure, votre corps a besoin d’un petit coup de pouce. Il existe plusieurs solutions pour évacuer le contenu de l’utérus :
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Attendre quelques jours que votre organisme libère naturellement l’embryon. Cette méthode naturelle est certes peu invasive, mais certaines femmes ont du mal à être dans une posture attentiste, en sachant que l’embryon ne vit plus.
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Choisir l’expulsion par voie médicamenteuse. Dans ce scénario, votre équipe médicale vous propose des médicaments (mifepristone et misoprostol) pour provoquer des contractions de l’utérus et accélérer la libération de l’embryon. Le traitement est en général pris à l'hôpital puis suivi à domicile avec des antidouleurs. Une semaine plus tard, une échographie de contrôle permet de vérifier que le protocole a bien fonctionné. Notez toutefois que cette option n’est pas accessible au-delà de 9 SA.
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Opter pour la voie chirurgicale. Cette dernière solution est possible si les médicaments n’ont pas fonctionné ou si vous êtes à plus de 9 SA. L’intervention est réalisée en ambulatoire, sous anesthésie locale ou générale et consiste à aspirer le contenu de l’utérus. Tout est mis en place pour que vous ne ressentiez pas de douleur et que le geste soit le plus rapide possible.
Quelle que soit l’option vers laquelle vous vous dirigez, n’hésitez pas à solliciter un accompagnement psychologique en amont et/ou en aval. Encore une fois, les fausses couches ne doivent pas être banalisées : certaines femmes supportent mal la perte d’un embryon et vivent l’intervention médicale comme une intrusion.
Un suivi psy peut vous aider à déculpabiliser, aborder le sujet de la parentalité et de l’intimité dans le couple et donner une place à votre partenaire dans cette étape de vie. Ne vous isolez pas, allez chercher du soutien et des réponses auprès de professionnels qualifiés et de votre entourage.
On vous recommande aussi d’écouter des témoignages de femmes qui vivent ou ont vécu des grossesses arrêtées. Questionnez vos proches, vos amies ou écoutez des récits de femmes : le podcast Bliss Stories propose plusieurs épisodes dédiés à ce sujet. Un indispensable pour se sentir moins seule.
Pouvez-vous retomber enceinte après une grossesse arrêtée ?
La réponse est oui ! Vous pouvez même tomber enceinte rapidement après une fausse couche, dès le cycle suivant s’il n’y a pas de problème particulier.
En général, l’obstacle est plutôt psychologique que physique. Certaines femmes culpabilisent après une fausse couche : elles se questionnent sur leur âge, leur mode de vie et refont le film de ces dernières semaines pour savoir ce qu’elles auraient pu faire mieux… Après une grossesse arrêtée, il est normal d’aborder la maternité avec une pointe d’appréhension.
“Après une perte de grossesse, il existe chez la femme une perturbation des plans de gestation, remettant ainsi en question sa capacité de reproduction. Les femmes ayant un antécédent de perte fœtale peuvent se demander si elles sont en capacité de mener à terme une grossesse ultérieure ou non, et ce doute peut persister tout au long de leur grossesse. Malgré le vécu traumatisant de cet événement, 80% des couples décident de concevoir un nouvel enfant peu de temps après dans un délai de 18 mois.” Jeanne Pedrono, Le vécu des fausses couches chez les femmes et les conséquences sur leur futur projet de grossesse, Médecine humaine et pathologie, 2022.
Dans les faits, les fausses couches répétées peuvent arriver mais elles sont plutôt rares. La Haute Autorité de Santé préconise de faire un bilan de fertilité à partir de 3 grossesses arrêtées.
Après une fausse couche, donnez-vous du temps pour vous réapproprier votre corps, votre féminité et votre intimité. Retrouvez la tendresse et la complicité qui vous unit à votre partenaire, et surtout, faites-vous confiance, vous êtes capable de grandes choses !
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